Jos_phineQuel amoureux de Paname n'a pas écouté une seule fois les chants d'amour de Joséphine Baker pour Paris sans acquiescer?

Malgré les folies et les splendeurs de la "Revue Nègre" spécialement concoctée 75 ans plus tôt pour un public occidental en soif de clichés colonialistes, ressuscitée aujourd'hui par Jérôme Savary en l'honneur de Joséphine Baker, le spectacle n'a néanmoins pas oublié sa dose de réalité. Avant de se retrouver propulsés dans les années folles, un vieux "sage" noir de la Nouvelle Orléans après le passage de Katrina nous retrace la culture black totalement inséparable de la musique. De l'esclavage dans les plantations de canne à sucre au racisme blanc/noir, tout passe par la musique sans pour autant que cela ne tombe dans le dépressif. Les danses et la musique réhaussent toujours l'ambiance avant que celle-ci ne trébuche. La musique, c'est donc la vie. C'est ce qui donne la force de continuer, de croire en un monde meilleur ou tout simplement d'oublier un temps soit peu ses malheurs.
Les instants de pur plaisir s'entrecroisent avec ceux qui vous prennent à la gorge. Les allées et venues entre passé et présent proche (Katrina ne date pas de si longtemps que ça) donnent un goût amer dans la bouche et vous remuent jusqu'au fond des entrailles.

Deux heures de spectacle émouvant mais surtout dénonciateur. Lorsque le présent refait surface, ce sont les images d'un New Orleans dévasté et totalement dépourvu de populations qui défilent derrière les comédiens. Poignant... Saisissant... voilà les mots qui me viennent à l'esprit pour décrire "A la recherche de Joséphine Baker".

Mais l'illusion revient avec la Joséphine Baker réincarnée le temps de quelques classiques comme La Tonkinoise, J'ai deux amours (où je n'ai pas pu m'empêcher de pleurer tellement l'interprêtation était belle) et quelques autres. Le spectacle ne finit pourtant pas sur cette note nostalgique: on retourne sur la Nouvelle Orléans où on découvre la dépouille du vieux sage. Il est mort; mort après avoir voulu jouer du piano dans les profondeurs innondées de sa maison. Peut-être bien une belle mort selon lui. Cependant, Katrina l'a tué. Elle l'a tué car ce piano restait l'unique moyen de vivre pour cet homme et la tempête l'a englouti... une claque dans la gueule pour tout le monde.
Que faire après ça à part se taire et applaudir.